Les finalités de l’archéologie préventive
Publié le jeudi 24 septembre 2009 · Mis à jour le jeudi 24 septembre 2009
On n'a encore trop souvent de l'archéologue, y compris dans les médias, que la vision d'un « chercheur de trésor » – trésors de Toutankhamon, des Scythes, des Thraces ou des Incas. On ne sait pas toujours que l'archéologie a bien changé : elle s'intéresse à la vie quotidienne, aux techniques, aux habitations, et porte sur des périodes très anciennes, dont les maisons en terre ou les tentes en peaux et en bois ont laissé des traces beaucoup moins spectaculaires que les pyramides d'Égypte ou le Machu Pichu – mais tout aussi importantes pour comprendre notre passé. Des analyses de pollens ou d'ADN nous renseigneront bien plus sur la vie passée que maints « trésors ».(…)
Du reste, l'archéologue ne se contente pas de dégager avec soin des objets jusque-là enfermés dans le sol – ce qui ne serait, après tout, qu'une tâche purement technique. Il doit constamment faire des choix : en fonction du temps et des moyens impartis, il se concentrera sur ce qui lui paraît être le moins bien connu. Il aura à l'esprit l'état présent de la recherche, afin de comprendre en permanence ce qu'il trouve, de pouvoir poser les bonnes questions, de prendre les bons échantillons de terre qu'étudieront ensuite géologues ou botanistes, etc.
Il sait, comme l'apprennent tous les étudiants en archéologie, que la fouille est d'abord un acte de destruction puisque, même si l'on collecte avec soin les objets, on détruit à jamais toutes les relations qu'ils entretenaient les uns avec les autres – sans compter ce qu'on ne voit pas : on ignorait encore, il y a quelques décennies, que les pollens se conservaient parfois dans le sol et qu'il fallait se donner les moyens de les retrouver.
Mais l'archéologie ne s'arrête pas à la fouille. Toutes les informations recueillies sont ensuite mises en forme (dessinées, photographiées, décomptées, traitées sur ordinateur, etc.), classées et comparées. De nombreuses disciplines scientifiques apportent leur concours. L'analyse chimique des ossements humains permet de reconstituer l'alimentation, mais aussi les maladies et, grâce à l'ADN, les liens de parenté entre les défunts inhumés dans un même cimetière. On peut savoir ce qu'un récipient en argile a contenu et ce qu'on y a fait cuire. Grâce à la géologie, on peut déterminer d'où provient telle roche (certaines grandes haches en pierre verte trouvées dans les dolmens bretons proviennent des Alpes !) et où a été extrait le minerai qui a servi à fondre tel outil ou tel bijou de cuivre. L'examen au microscope des traces d'utilisation montre si un couteau de silex a servi à moissonner des plantes, à racler des peaux ou à découper de la viande. (…)
La zoologie, la botanique et les sciences de la terre permettent de reconstituer l'histoire du climat, de la végétation, mais aussi des inondations et de l'érosion due à l'homme depuis un demi-million d'années. À l'opposé, pour les périodes récentes, les archives écrites nous apportent des renseignements complémentaires : propriétaire et date de construction de tel monument, événement historique ayant pu provoquer telle destruction et, plus largement, toutes les données de l'histoire sociale et économique. (…)
Ainsi, la convergence de tous les moyens actuellement connus pour observer notre sol et son contenu permet désormais de définir l'archéologie comme l'étude des sociétés humaines à travers leurs traces matérielles.
Pour en savoir plus, voir : « La France archéologique » sous la direction de Jean-Paul Demoule, coédition Hazan et Inrap, 2004.
Du reste, l'archéologue ne se contente pas de dégager avec soin des objets jusque-là enfermés dans le sol – ce qui ne serait, après tout, qu'une tâche purement technique. Il doit constamment faire des choix : en fonction du temps et des moyens impartis, il se concentrera sur ce qui lui paraît être le moins bien connu. Il aura à l'esprit l'état présent de la recherche, afin de comprendre en permanence ce qu'il trouve, de pouvoir poser les bonnes questions, de prendre les bons échantillons de terre qu'étudieront ensuite géologues ou botanistes, etc.
Il sait, comme l'apprennent tous les étudiants en archéologie, que la fouille est d'abord un acte de destruction puisque, même si l'on collecte avec soin les objets, on détruit à jamais toutes les relations qu'ils entretenaient les uns avec les autres – sans compter ce qu'on ne voit pas : on ignorait encore, il y a quelques décennies, que les pollens se conservaient parfois dans le sol et qu'il fallait se donner les moyens de les retrouver.
Mais l'archéologie ne s'arrête pas à la fouille. Toutes les informations recueillies sont ensuite mises en forme (dessinées, photographiées, décomptées, traitées sur ordinateur, etc.), classées et comparées. De nombreuses disciplines scientifiques apportent leur concours. L'analyse chimique des ossements humains permet de reconstituer l'alimentation, mais aussi les maladies et, grâce à l'ADN, les liens de parenté entre les défunts inhumés dans un même cimetière. On peut savoir ce qu'un récipient en argile a contenu et ce qu'on y a fait cuire. Grâce à la géologie, on peut déterminer d'où provient telle roche (certaines grandes haches en pierre verte trouvées dans les dolmens bretons proviennent des Alpes !) et où a été extrait le minerai qui a servi à fondre tel outil ou tel bijou de cuivre. L'examen au microscope des traces d'utilisation montre si un couteau de silex a servi à moissonner des plantes, à racler des peaux ou à découper de la viande. (…)
La zoologie, la botanique et les sciences de la terre permettent de reconstituer l'histoire du climat, de la végétation, mais aussi des inondations et de l'érosion due à l'homme depuis un demi-million d'années. À l'opposé, pour les périodes récentes, les archives écrites nous apportent des renseignements complémentaires : propriétaire et date de construction de tel monument, événement historique ayant pu provoquer telle destruction et, plus largement, toutes les données de l'histoire sociale et économique. (…)
Ainsi, la convergence de tous les moyens actuellement connus pour observer notre sol et son contenu permet désormais de définir l'archéologie comme l'étude des sociétés humaines à travers leurs traces matérielles.
Pour en savoir plus, voir : « La France archéologique » sous la direction de Jean-Paul Demoule, coédition Hazan et Inrap, 2004.
